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Quand devient-on adulte ?

Article de Martine Fournier

Grands Dossiers N° 47 – Juin-juillet-août 2017

Article mis à jour le 18/05/2017

Allongement de la jeunesse, recul de la vieillesse… Une grande confusion s’est instaurée dans l’ordonnancement des âges.

En 2015, l’article le plus lu sur le site du respectable quotidien suisse Le Temps mettait en scène les « quincados ». Le quincado, ce n’est pas un nouveau jeu de la Loterie romande, nous dit l’article : l’expression désigne ces quadras et quinquagénaires qui refusent de s’enfermer dans leur âge et de se couper de la culture des plus jeunes. L’époque est riche de ces expressions qui témoignent de ce que le sociologue Serge Guérin et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot diagnostiquent comme « un brouillage des âges ».

Après les « adonaissants », puis les « adulescents », voici donc les quincados. Le quincado préfère la liberté à l’autorité, les sorties aux corvées, le travail choisi à la besogne subie, les voyages improvisés aux vacances programmées. On le retrouve dans les concerts rock, les salles de fitness ou les cours de zumba. Il adopte des styles de vie que l’on dit « branchés », mixant ses modes de vie avec ceux des plus jeunes. « Les quincados ne sont pas le reflet d’un refus de vieillir, précise S. Guérin. Ils sont les bénéficiaires d’un rajeunissement objectif. » Trois mutations sont à l’origine de cette évolution : « Il n’y a jamais eu autant de gens en activité à 50 ans. Ensuite, c’est la première fois dans l’histoire que cet âge correspond à la moitié de la vie. Enfin, c’est aussi la première fois que les gens arrivent à 50 ans dans une telle forme, que ce soit sur les plans physique ou neurologique. »

Réussir sa vie

En matière d’âge, l’époque est bien étrange, constate de son côté P.H. Tavoillot. Les parents souhaitent voir leur progéniture en avance sur leur âge tout en voulant être en retard sur le leur. Le monde professionnel ne connaît que deux catégories, junior et senior, comme si l’on était soit encore trop jeune, soit déjà trop vieux pour travailler. Et l’on pourrait multiplier les indices de cette grande confusion… Concurrencée d’un côté par une jeunesse qui s’allonge, de l’autre par de nouvelles générations où l’on est âgé sans être vieux, « la phase adulte se réduit comme peau de chagrin », constate P.H. Tavoillot. C’est pourtant l’âge où il faut faire carrière, élever ses enfants, s’épanouir dans les loisirs et avec les amis, et penser à l’avenir tout en gérant le quotidien. Bref, le moment où il faut « réussir sa vie » !

Selon S. Guérin et P.H. Tavoillot, dans les enquêtes réalisées sur la question, trois termes reviennent régulièrement pour définir l’adulte : l’expérience, la responsabilité et l’authenticité.

L’expérience, ce terme qui agace tant les jeunes lorsque leurs parents s’en réclament, ne signifie pas avoir tout vu ou tout fait. C’est au contraire être capable de faire face à des situations nouvelles. Contrairement au jeune, « l’adulte sait qu’il ne sait pas tout » et qu’il faut prévoir l’imprévu.

La responsabilité, quant à elle, est une capacité à se décentrer. Elle ne concerne pas seulement ses propres actes : à l’âge adulte, on est responsable de ses enfants, de ses élèves ou de ses jeunes collaborateurs…

L’authenticité enfin pourrait se définir par la formule nietzschéenne : « Deviens ce que tu es. » En fait, ces trois objectifs concernent le rapport au monde, le rapport aux autres et le rapport à soi. Ils font système en résumant ce que devrait être l’individu accompli. On comprend dès lors qu’être adulte n’est pas une tâche facile et que certains y rechignent !

Comme le dit le poète, « le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ! » 

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